mardi 6 août 2019

La ferme des frères Perrel en Haute-Loire.

La ferme des frères Perrel

La ferme des frères Perrel, c’est une très belle demeure, située dans un minuscule village aux confins de la Haute-Loire et de l’Ardèche, Moudeyres. La famille Perrel a vécu là plusieurs générations, avant de céder les bâtiments à la commune pour en faire un écomusée, en 1974. 

Cet article participe au rendez-vous mensuel #EnFranceAussi créé par Sylvie du blog Le Coin DesVoyageurs. Ce mois-ci, c’est Sarah du blog Le soulier vert qui nous a proposé le thème “beaux châteaux/belles demeures”.




La première maison de cette ferme qu’on a pu dater avec certitude est du XVIIème siècle. La ferme est composée de plusieurs bâtiments en pierres volcaniques – basalte, pierres à bulles plus tendres pour les linteaux et phonolithes pour les lauzes des petits bâtiments. Il en ressort une impression d’harmonie, la pierre, le bois et les chaumes s’intégrant parfaitement dans la nature environnante.
Au-delà du musée, c’est tout le village de Moudeyres qui a été restauré au fil des ans, et il faut vraiment prévoir un temps pour s’y promener, découvrir les autres chaumières et leurs jardins fleuris.




Les Perrel étaient des paysans aisés. De nombreux indices en attestent : ils avaient leur propre four à pain et même un lavoir privé. Les sols des maisons sont dallés, il y a aussi des dalles dehors à l’entrée. L’étable est de belle taille, elle peut accueillir 25 à 30 vaches. En comparaison, de très nombreux fermiers du Massif Central vivaient dans des maisons avec le sol en terre battue, et le cheptel moyen tournait plutôt autour de 5 vaches.



Si le toit de lauze est parfois considéré comme un « marqueur » de richesse par rapport au toit de  chaume, il faut préciser ce point. La ferme des Perrel possède un gigantesque toit de chaume. Il ne serait pas possible de le transformer en toit de lauze, car la charpente est différente. Les toits de chaume sont très pentus, au contraire des toits de lauze. Comme la lauze est lourde, il faut une charpente particulière, assez plane et très solide, pour pouvoir supporter toutes les pierres. Quand les paysans héritaient d’une chaumière, ils ne pouvaient pas en modifier le toit pour mettre des lauzes. Les Perrel ont gardé la chaume, mais ils ont par contre ajouté de petits bâtiments avec des toits de lauzes au fur et à mesure des besoins.



On va commencer par la fin de la visite : la grange. En y pénétrant, on a l’impression d’entrer dans une cathédrale de chaume, c’est vraiment très beau. De l’extérieur, on n’imagine pas que le lieu est si grand : 700 m2 de toit de chaume ! Notre guide nous fait une démonstration du tressage des cloissoux, sur un bout de charpente installé à hauteur d’homme pour cette occasion. Les cloissoux, ce sont les fagots de seigle qui composent le toit de chaume – il en faut près de 21 000 pour couvrir le toit ! Les paysans en changeaient quelques-uns chaque année.
Pour donner une idée, de nos jours, les toits des chaumières durent environ 25 ans, mais comme cela coûte très cher de les refaire en une fois, généralement les propriétaires les refont sur plusieurs années aussi. Le faite du toit est particulièrement fragile, car il prend en premier toutes les intempéries. Ici, au musée, c’est un point critique, les moyens alloués se réduisent d’année en année, et l’avenir des bâtiments n’est pas assuré…



On reprend au début : la première habitation que l’on visite, date de 1640. Il s’agit d’un bâtiment comprenant une pièce commune au RDC, où vivaient hommes et bêtes, et une pièce à l’étage, pour stocker le foin. Au fil des ans, cette pièce devient une chambre avec des lits clos. Les « lits clos » sont des lits en bois, intégrés dans la maison, un peu comme nos « placards intégrés ». Ils permettaient avant tout de garder la chaleur.


Le lit était chauffé à l’aide d’une chaufferette, dans laquelle on mettait des braises. Il n’y avait qu’un seul feu dans la maison, celui de la cuisine. La température dans les chambres ne dépassait pas zéro degré, au plus froid de l’hiver. Et les hivers dans le Massif central, à plus de 1000 mètres d’altitude, avec le vent glacé, la burle, sont particulièrement rudes et longs. Les murs épais de presque un mètre pour supporter la toiture, protègent bien des canicules de l’été, mais l’hiver, cela ne suffit pas…

On passe ensuite dans un bâtiment plus récent, du milieu du 18ème siècle – tout est relatif. La cuisine est une pièce à part, les bêtes ont leur étable. Des ateliers et des dépendances sont construits au fil des siècles.



Les frères Perrel ont laissé de très nombreux objets et outils. L’écomusée en est constitué presque intégralement. On peut voir ainsi que plusieurs générations d’objets courants cohabitent dans la cuisine : des plus anciens à ceux des années soixante. Mais les paysans prenaient soin de leurs biens, même les plats en céramique étaient réparés.




La cuisine est une grande pièce dans laquelle on prenait les repas, sur la table devant la cheminée. Ici, toutes les pièces de la ferme sont imbriquées. Les bêtes entrent par la même pièce que les humains : l’arcas, qui dessert la cuisine et l’étable.




L’électricité a été installée en 1935, mais dans le musée, on ne voit que des lampes, pas d’autres traces d’appareils électriques utilisés entre 1935 et 1974… Et l’eau courante est arrivée encore plus tard, en 1960 ! Cependant, en l’absence de témoignages, il est difficile de savoir exactement quels étaient les usages.
Il reste encore beaucoup à apprendre de ce passé proche. La vie des campagnes intéresserait-elle un peu moins que celle des villes ou des châteaux ?!

Pour aller plus loin : le site de l’écomusée
Et si l’envie vous prend de passer quelques jours dans ce beau village, la maison d’hôtes
La chaumièred'Alambre , offre tout le confort moderne dans une très belle bâtisse ;)


D’autres hébergements sur le site Mézenc Loire Meygal
Et pour vous restaurer à Moudeyres : Le pré bossu et la chaumière des Barthes

Des articles pour faire d'autres balades dans ce coin : Que la montagne est belle...Les sources de la Loire, à la frontière entre Méditerranée et Atlantique, Le Ron de CoucouludeJaujac, un village au pied du volcan , En suivant le lutin Taranis Arga…

Et les articles du mois sur les autres blogs :

10 commentaires:

  1. merci Christine pour tous ces beaux reportages.
    Patrick

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  2. Merci Christine,
    nous irons surement la visiter fin août

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    1. Coucou Chantal, côté Ardèche, il y a aussi la ferme Philip à Sainte-Eulalie, mais je n'ai pas encore fait la visite de l'intérieur. http://www.visites-mezenc-sources-loire.com/visites-ferme-philip-saint-eulalie-ardeche.html

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  3. J'ai également visité la ferme. Ce qui m'a particulièrement intrigué, c'est que les gens auraient dormi assis, par peur de la mort. Vrai, ou plutôt une histoire à dormir debout ?

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  4. J'aime beaucoup tous ces écomusées. On en a visité un en Bretagne, hier, qui nous a immergés dans la vie rurale d'antan. Un beau voyage dans le temps !

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  5. plus rural en effet, mais beaucoup de charme!

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  6. Très joli et merci pour les explications des différences entre les toits de lauzes et ceux de chaumes ! :)

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  7. Bravo pour ce billet rempli de précisions. Merci pour la découverte.

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  8. j aiùerais bien découvrir cette région de France moi

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